samedi 11 juin 2016

The Box Tops, The Letter, 1967

Un garage rock rugueux et authentique.

 

Une autre raison de considérer 1967 comme « L’Année » !!

Un "groove" comme on dit maintenant, un son, une voix rauque qui semblent le résultat d'années d'errance et de galère à chanter le blues et à crier sa peine au fond de bars glauques de l'Amérique profonde, enfumés, gras et où on vient noyer sa lassitude et sa peine dans un bourbon de seconde zone.

Et tu regardes le clip, et tu restes interdit: En fait de vieux revenus de tout, tu découvres de très jeunes types, des gamins qui semblent avoir tout encore à découvrir.

Le choc ! Leçon intégrale de Soul en moins de 2 minutes, déclamée par le chanteur, du haut de ses 16 ans lorsqu'il crie son besoin d'un billet d'avion pour rejoindre sa belle. Alex Chilton,16 ans et le feeling d’un vieux bluesman.

De ce côté-là de l’atlantique, loin de Liverpool, du Crawdaddy et du Marquee, une vague moins légendaire, mais aussi volontaire, que le British Blues Boom tente de faire renaitre le Blues… Les Box Tops sont du voyage, de ce qu’on appelera la Blue eyed Soul.

Un peu comme pour mes chers Animals, hélàs avec un succès moins durable, ces Box Tops pratiquent un art qui vient des tripes et qui nous prend au même endroit.

Pas de sophistication, pas de fioriture, pas de faux semblant. C’est cash, ça vient des trippes et ça envoie sans réfléchir.

1 minute et 58 secondes, le temps qu’il faut pour tout dire, tout exprimer de la nécessité de retrouver l’autre à tout prix, par tout les moyens. Va pour l’ « éroplane ».

The Letter a été un hit énorme, et pourtant seul de ce groupe, véritable one hit wonder. On pense forcément à Louie Louie, Gloria, à ces titres phares qui ont marqué l’histoire du Rock d’un[ba1] e étincelle de génie, tellement intense que leurs créateurs et interprètes, comme si ils avaient tout donné, ne puissent ensuite livrer davantage.

C’est, en réalité, sans doute une des raisons qui font que ce titre, qui devrait respirer le bonheur du gars qui se paie l’avion pour rejoindre sa nana, parce que le train ne serait pas assez rapide, et que la solitude a assez duré, nous laisse pourtant « bluesy ».

Ou peut-être que ce son à la fois dur et brutal, cette rugosité « garage », auquel s’ajoute ce gout de « trop peu », qui fait qu’on s’attend à un couplet supplémentaire, alors que se termine le solo à l’orgue. Non, c’est fini. Deux couplets, un refrain, puis ensuite on reprend le couplet et le refrain.

Pourquoi en rajouter ?

The Letter figure, avec The House of the Rising Sun (the Animals), et les titers cités ci-dessus, au panthéon du Rock de Mon Histoire du Rock. Et je ne « sais » pas pourquoi.

Joe Cocker reprendra The Letter, mais cette fois, il ne fera pas mieux.