samedi 27 août 2016

The Who, Substitute, 1966

The Who, la désunion fait la force



Quelques mois plus tôt, dans "The Kids Are Alright", Roger Daltrey avait déjà modérément apprécié de devoir chanter "Don't mind other guys dancing with my girl" ("ça ne me dérange pas que d'autres types dansent avec ma copine") - tu parles, Daltrey est plutôt du genre à péter la gueule au premier type qui s'approcherait trop près de sa nana, ou d'ailleurs de quiconque se met sur son chemin. 

Ici, dans Substitute, le texte évoque un sentiment d'imposture et le mal-être qui en résulte. Des trucs de nana, quoi. Et dans "I'm a Boy", il est question d'un petit garçon que sa mère habille en fille... Daltrey est proche de l'implosion. Quant à "Pictures of Lilly…" Mais Daltrey chante, interprète, transcende ces titres avec talent (non sans avoir, de temps à autre, filé un bourre pif à son "frère" Townshend, celui qui lui propose ces textes, qui sont, pour ce dernier, un exutoire et une confession salvatrice… 
  
Ce groupe a un problème : à droite de la section rythmique il y a un guitariste, compositeur de génie en proie à des problèmes existentiels qu'il transpose dans ses textes, et à un mal de vivre qu'il expose bruyamment (j'ai failli écrire brillamment) dans des riffs de guitare rageurs.  Qui a dit précurseur du Punk? Les Punks eux-mêmes…
A gauche de la rythmique, ou plutôt face au public, un chanteur au gabarit de fort des halles et à la gueule d'ange, qui lui ne semble avoir d'autre problème que celui de tout casser, dans une société ou les gars comme lui sont souvent écrasés par des intellos de cette middle classe dont sort Townshend. 
  
Townshend, lui, éprouve donc ce besoin vital de composer et d'exulter. Mais aussi d'offrir son talent, à son public, bien sûr, mais aussi à ceux qu'il considère comme sa famille, les Who, un moyen d'exprimer leur talent, de le mettre en évidence. 
Pour Entwisle, le bassiste magique, auquel il procure le premier solo de basse de l'histoire du rock dès MY GENERATION, et des partitions mettant au premier plan cet instrument (The Real Me….). Peu de bassistes ont eu la chance d'avoir un compositeur aussi attentif, veillant à les faire  sortir de l'ombre et de la place discrète à laquelle ils se destinaient comme la plupart des bassistes du rock'n roll… Entwistle deviendra une star, et le devra bien sûr à son talent avant tout, et à sa dextérité incroyable. Mais Townshend lui aura écrit les pages de sa légende. 
  
Pour Roger Daltrey, hormis les textes cité ci-dessus, dans lequel le chanteur ne se reconnaît absolument pas, Townshed écrit les plus beaux textes et les pare des plus belles mélodies (Behind Blue Eyes, Love Regn O'er Me, Helpless Dancer, Who are You, etc etc etc). Et permet à Daltrey d'être bien plus que le chanteur Mods des … , de devenir un chanteur super star. 
  
La bonne question est comment et pourquoi ce groupe a fonctionné aussi bien? Même si aujourd'hui les Who ne représentent plus grand-chose, à force d'avoir sans doute trop voulu continuer , pour le concert de trop, le disque de trop… 
  
Justement, il est probable que l'un des ciments du groupe, et qui manquera d'ailleurs à partir de 1978, se trouve chez le batteur du groupe, le gigantesque Keith Moon, petit frère turbulent (le mot est décidément bien faible pour celui qu'on surnomme alors "Moon the Loon"), boute en train, monstre d'exubérance et fêtard démesuré. Cette démesure et son absence de toute notion de limite incite les autres membres du groupe à un instinct de protection, quand il le peuvent, et tisse entre les Who une toile étrange faite d'impossibilité de vivre ensemble autre chose qu'une relation de "travail". Keith  Moon apportait au groupe bien d'autres dimensions que celles d'un métronome (qu'il semblait d'ailleurs respecter de fort loin, alors que sa  maîtrise totale du rythme et de son instrument lui permettait d'agir en véritable soliste au sein des Who, abandonnant le rôle de simple "faiseur de rythme". (cherchez la video de Happy Jack (par exemple "beat club" au Marquee en 1967). On lui demandait un jour pourquoi il avait voulu apprendre la batterie: il a répondu qu’il ne voulait pas apprendre, qu’il voulait seulement en jouer. Voyez comment…
  
Il disait d'ailleurs "je suis n'aspire pas à être un grand batteur; tout ce qui m'attire est d'être le batteur des Who". 
  
Moon disparu, ce ciment n'a plus lieu d'être et les Who deviennent des besogneux du rock, "metro boulot dodo", et évidemment, ça se sent. La douce folie qui recouvrait chaque prestation du groupe, chaque album, a disparu. On ne peut pas s'empêcher de se dire qu'il aurait mieux valu qu'ils arrêtent. 
  
En fait, j'aurais dû faire cet article Keith Moon. On y reviendra donc….