samedi 27 juin 2015

Jacno, de Stinky Toys à Elie et Jacno



Jacno, 


le son des années 80

Les années 80 ont produit, en France aussi, quelques OVNIS musicaux.




Jacno était l'un d'eux.

Ovni, parce qu'aérien, Ovni parce que mystérieux, Ovni parce qu'incompris, et sans doute incompréhensible.

Si on écoute aujourd'hui Jacno, on est forcément partagé.

Phénomène de mode? Bleuettes doucereuses, mièvres et gentillettes (les titres avec Elie Medeiros)? Contrechamp décalé et post punk? Véritable novateur et compositeur de génie?


Mon Histoire du Rock plaide pour ces deux dernière propositions.

Denis Quillard est, en effet, l'un des tenants de la nouvelle scène rock des années 80.

Avec son groupe Stinky Toys, il s'abreuve de pop anglaise et va en Grande Bretagne ou il fera les premières parties des groupes en vogue (The Clash, The Sex Pistols, et la une de la presse rock de l'époque(Melody Maker)).

Quand même, hein!

Ses influences? The Who, surtout les Who!!! Bowie… et le Velvet Underground.

Il partage avec ces derniers une tendance à l'autodestruction, au point de prendre comme nom de scène celui du dessinateur du logo des paquets de clopes (Gauloises) dont il abuse à en mourir, plus tard, trop tôt.

Les Stinky Toys ne rencontrent pas le succès (on dit maintenant "ne trouvent pas leur public", à chaque fois je pense au sketch de Coluche "Misère…". C'était pourtant au moins aussi bon que Téléphone, et de toute façon plus "innovant". Stinky Toys avait un son résolument moderne. Dès le premier album, la distance était prise avec les ainés (là où Téléphone forcera le trait de l'appartenance au rock de Chuck Berry et des Rolling Stones).


Dommage, c'était vraiment différent, et très cool.

Pour tout dire, je me souviens avoir beaucoup écouté l'un des albums, que j'avais sur une K7, dans mon exil anglais période Norwich (soirées guitare/spaguettis et medleys "no woman no cry/angie/House of the rising sun" dans la cuisine commune avec mes voisins Rastas (du campus de l'université où j'avais trouvé refuge pendant l'été 1983).

La K7 a disparu ensuite, et je redécouvre, aujourd'hui, dans un frisson, Stinky Toys…

Du coup avec la chanteuse du groupe (Elie Medeiros donc, à qui le punk doit "l'invention" de l'épingle à nourrice comme accessoire nécessaire), il monte un duo, après avoir composé (ou avant, je ne suis pas Wikipedia et on s'en fout) quelques morceaux d'electropop, dans lesquels apparaissent avec parcimonie un peu de gratte (Une Rickenbacker, quand même…). Le succès sera alors au rendez-vous, même si le format du "groupe" et le style (sans doute à cause des paroles, qui ne sont pas plus niaiseuses que celles des groupes anglais… mais que le public comprend, si vous voyez ce que je veux dire.)

Deux mots de plus sur les morceaux electro, "Losange", "Triangle", "Rectangle", qui sonnent aujourd'hui très, très datés. On a du mal, à l'ère de l'informatique toute puissante, à imaginer la difficulté et le temps nécessaire pour composer une phrase musicale sur un synthé de ce temps là: le côté hyper répétitif qui peut lasser vient de là, et de la petite taille de la mémoire des outils d'enregistrement informatiques. Il y avait dans ces titres de Jacno une avancée phénoménale de la musique synthétique, par rapport aux tentatives expérimentales de Kraftwerk par exemple : Jacno ajoutait avec une maitrise géniale, à la fois mélodique et rythmique, une dimension pop rock, vraiment novatrice: ça devenait écoutable, dansant, ça n'était plus purement expérimental.

La rupture entre le son Stinky Toys, brutal et rude, le chant d’Elie Medeiros proche du cri primal cher au rock'n roll, et le son electro d’Elie et Jacno ou de Jacno en solo n’est qu’apparente. Ecoutez For You, qui date de 77, et Sun Sick, vous entendrez déjà ce style Jacno à la sauce synthé, qui lui-même cachera une âme bien plus inspité du « maximum Ryhtm’n Blues » des Who qu’il n’y parait.

Jacno, avec Rectangle, crée véritablement le son de la pop des années 80 en France, et met en musique quasi tous les succès de l'époque, dans un style inimitable, de Lio à Daho en passant ensuite par Daniel Darc, (dans une rencontre hélas tardive entre ces deux géants des années 80) Higelin… qui a ensuite été bien oublié, malheureusement.




Peut-être, aujourd'hui, Air, Rover, Dominique A, peuvent prétendre à une filiation?