samedi 6 décembre 2014

The Shadows ou quand la Stratocaster débarque en Grande Bretagne

Hank Marvin, premier 'guitar hero'?





(Appréciez le jeu de scène, autre invention des Shadows pour "casser" le côté statique qui était de mise à l'époque!!!)



Rares sont ceux aujourd'hui qui se souviennent des Shadows.

Je suis sûr, cependant, qu'en écoutant le clip Youtube que j'insère à cet article, que beaucoup se diront "ah, mais oui….", tant ce groupe, au son caractéristique, a marqué les années 60/70.

Plus précisément, ce moment un peu étrange dans l'histoire du rock, à la fin des 50's. Alors que le rock'n roll US, celui de Little Richard, Jerry Lee Lewis et Chuck Berry, s'essouffle, et que la "relève", venant de l'invasion britannique, n'est pas encore "en place".

Un chanteur anglais (Cliff Richard), à la voix suave de crooner pour mamies, s'entoure d'un groupe de musiciens qui se font appeler un temps The Drifters. A cette époque-là, pas d'internet, pas de chaînes de télé musicales, pas de Youtube: Ce qui se passe aux USA met un peu de temps avant d'arriver, avec un sérieux filtrage, en Europe.

Et donc, Cliff Richards et les Drifters ne se rendent compte qu'ils usurpent le nom d'un groupe de Soul américain, célèbre pour "Money Honey", pour avoir un temps abrité Ben E King… et pour avoir vu défiler un nombre incroyable de chanteurs.


Le manager de ces Drifters imposera au backing group de Cliff Richards, à ces petits anglais qui bientôt dévaleront dans le Rock'n Roll, un changement immédiat de nom…

Exit donc The Drifters, voici The Shadows. Sans aller jusqu'à ouvrir ici le livre des records, on peut tout de même étonner la galerie avec quelques faits notables à mettre à l'actif de ce groupe, qui prend naissance avec la mode du « Skiffle » britannique, dont nous reparlerons.

D'abord, si on se rappelle qu'on est en 1958, on portera un jugement moins sévère à l'égard des mélodies un brin guimauve et du son assez peu rebelle de tout ça. Oh, bien sûr, depuis, la distorsion, le "gros son", les basses extrêmes sont passées par là..

Eh bien Hank Marvin, le guitariste "lead" du groupe, très très très fan de Buddy Holly, est le premier en Europe à utiliser une guitare électrique Fender Stratocaster.. et son vibrato. C'est peut être un détail pour vous…

Stratocaster, ampli Vox, chambre à echo, le son des Shadows.

Toujours au chapitre des « premières fois », qu'on le veuille ou non, The Shadows est l'initiateur du genre Batterie/Basse/2 guitares, qui est depuis, la forme classique du groupe rock.

Après avoir été inspirés par le rock US, et sans doute forcément par le surf rock, ce groupe a, à son tour, inspiré de nombreux guitaristes européens et contribué à susciter de nombreuses vocations, dont celle de Mike Oldfield, qui reprendra sur QE2 « Wonderful Land », mais aussi…. Non, la liste est trop longue. (quelques exemples sur la page Facebook du blog)

J'aimais beaucoup les Shadows, ce qui faisait un contraste assez marrant avec AC DC, les Stones et le quasi hard rock de Quadrophenia (The Who).

J'avais « The sound of the Shadows » très jazzy, un album enregistré à l'Olympia de Paris 1975, que j'ai pas mal écouté, en essayant de faire Shadoogie , FBI, NIVRAM, sur une acoustique… Le manque d'echo et de vibrato n'étaient pas les seuls responsable du chaos résultant…

Ce son cristallin et habillé d'echo, le fameux « twang », si bien représenté par les guitares Fender, mais aussi (surtout) par les Rickenbacker), pour peu qu'on joue sur le micro aigu et près du chevalet, garde mes faveurs,au grand dam des amateurs de gros son. Mais l'un empêche t-il l'autre ?

Ecoutez le parfum délicieusement rétro qui se dégage des titres des Shadows ! Ne les confondez plus avec les Ventures, leur "double" Américain!!!

Oubliez un instant que vous êtes dans un supermarché (c'est comme ça qu'on appelait les ancêtres des Carrefour Market) : Hélàs, musique d'ambiance, c'est un peu le rôle auquel a été cantonné ce rock instrumental, plus lisse que celui de Link Wray ou de Dick Dale :

Le Rock des Shadows vaut beaucoup mieux. Il sera balayé par la vague de jeunes groupes (Beatles, Stones, Kinks, Who, Cream…) auxquels il aura montré le chemin.

Les reformations de ces 20 dernières années sont moins heureuses (reprises moyennes de succès planétaires). L'inspiration semble avoir disparu et les Shadows sont devenus une caricature du genre dans lequel ils ont été « rangés » (musique de supermarché). Mais Hank Marvin continuera à se produire avec ses « fils spirituels », de Mc Cartney à Mark Knopfler en passant par Brian May….