samedi 11 janvier 2014

Jerry Lee Lewis, le piano endiablé du Rock'n Roll

Jerry Lee Lewis

"il ne joue pas du rock'n roll: il est le rock'n roll" (Bruce Springsteen)


 
Son nom, déjà, sonne comme un rythme rock. Si Elvis Presley le grand rival - quoique ce dernier semble avoir voué au « killer » (surnom de Jerry Lee) une certaine forme d’admiration - fut l'icône de la décadence sexuelle contenue dans le Rock'n Roll, Jerry Lee Lewis y ajouta la folie, la débauche (joignant en quelque sorte le geste à la parole !), la démesure et l'hédonisme: un Carpe Diem un rien nihiliste que ne désavoueront pas, plus tard, Iggy Pop, puis les 'punks'.

Ce type semble en effet possédé, un rien lunaire et totalement exubérant! A l'heure où la jeunesse s'empare de la musique et pour cela se jette sur la guitare, instrument simple, transportable et économique, lui se jette sur le piano qui lui servait à l'église pour un cri de rage et un ultime blasphème:

il va faire de cet instrument sacré le complice de sa folie créatrice et démoniaque pour notre plus grand plaisir.

Ok, M Lewis, c’est grâce à vous un fait, le Rock’n Roll n’est pas réservé à la 6 cordes. La folie, la sensualité et la fureur peuvent aussi sortir d’un rigide piano, par la grâce et l’énergie de vos doigts habités !!!!

Le rock'n roll qu'il invente et qu'il joue est plus qu'une vocation. Bruce Springsteen aura la formule qui convient "il ne joue pas du rock'n roll:il est le rock'n roll".

Alors qu'Elvis part au service militaire et qu'on le croit 'fini', Jerry Lee, qui semble pouvoir 'prendre sa place', voit sa carrière stoppée par les médias, choqués par son mariage avec sa cousine de 13 ans... Quand j’écrivais au début du post que Jerry Lee, plus qu’Elvis, incarnait le Mal absolu véhiculé par le Rock’n Roll…il faudra attendre les annés 70 pour le retour en grâce du 'killer', et celui-ci restera convaincu que la musique qu’il produit « malgré lui » le va conduire, avec son auditoire, en enfer…

Mais Jerry Lee Lewis s'en fout, ce n'est pas son problème : Il sait qu'il est le meilleur, doué pour la musique, pour l'art de la scène, bref, l’incarnation du Rock’n Roll. Assez fier et un brin mégalo, il donne des interviews à la fin desquelles il refuse de chanter si le journaliste ne lui parait pas sympa. Pas toujours délicat : Pour évincer un concurrent, il met le feu à son piano à la fin de son set pour « pourrir » la prestation de celui qui (Chuck Berry) passera après lui parce qu’il est furieux d’avoir dû « chauffer la salle » alors qu’il voulait finir le set…

On peut trouver bien des similitudes, tant dans le parcours, la vie, la façon de vivre le Rock, avec ce dernier: la longévité, les incidents de parcours, les tentations diabo-sexualo-alcooliques, les passages à vide, cette façon un peu mégalo d’ « être » le rock, de vivre la musique qu’ils produisent.. Cette apparente décontraction donnant l’illusion que c’est facile, et dans le même temps que celui qui joue est « possédé »…

Pourtant, c’est souvent le nom de Chuck Berry qui vient quand on pense « pionnier du Rock’n Roll », rarement « Jerry Lee Lewis »…

La ‘faute’ au piano ? Peut-être… Mais écoutez combien l’instrument se plie à la difficile alchimie d’un rythme sec et rapide, martelé de la main gauche, pendant que se mêle une envolée extraordinaire de légèreté d’une main droite guidée par le démon dans des digressions et des arpèges aériennes et sauvages…. On pense bien sûr à la folie qui se dégage de "Great Balls of Fire", et du dialogue qui s’instaure entre les deux mains pendant le ‘solo’ au milieu du morceau….

Limiter Jerry Lee Lewis aux trois ou 4 rocks endiablés bien connus serait dommage, et il faut redécouvrir, d’urgence, sa discographie, riche de boogies nostalgiques, parfois aux sources du foxtrot ( !!), rythmant des ballades country d’un tempo Rock’n Roll où on sent l’habitude qu’il avait, jeune musicien d’église, de faire de même avec des chants religieux.

A plus presque 80 ans, Jerry Lee continue à se produire sur scène et si l’énergie n’est plus tout à fait celle du mythique concert de Hambourg en 1964 (Venu montrer aux British que le rock US n’était pas ‘fini’, l’album live qui en découle reste encore aujourd’hui considéré comme le meilleur live de tous les temps…), l’aura est intacte, tout comme l’arrogance et la magie… Sur l’album Live in Hamburg, écouter le magnifique hommage de JL Lewis à un autre magicien du clavier, Ray Charles, dans « What I’d Say »

Tournée européenne en 2014 ? On en rêve !!!